| Type | note technique |
|---|---|
| Zone | wilaya de Souk Ahras |
| Statut | procédure maintenue |
Contrôle terrique des relais de rechange
La formation dispensée en mars dernier aux nouveaux relayeurs de la ligne de remplacement Souk Ahras / Sedrata a duré deux heures. On y a montré le badgeage, la fiche de carburant, et un schéma du panneau électrique. Sur le contrôle terrique, rien. Un stagiaire m'a demandé ce que voulait dire le voyant rouge sous le tableau de bord, et personne dans la salle n'a su répondre. J'écris cette note parce que j'ai fait ce métier vingt-deux ans, et parce que je sais qui va la lire, même si le formulaire porte l'en-tête de la direction régionale.
Le contrôle terrique se fait à chaque relève : le conducteur qui prend son service pose la pince sur le boulon du châssis, à l'arrière gauche, et vérifie que l'aiguille reste dans la zone verte. Trois minutes, pas plus, avant de démarrer le moteur. On m'a appris ça en 1997, sur le dépôt d'Auron, avec un boîtier Retort rig monté sous le tableau pour l'amplification des annonces aux arrêts. Le boîtier avait ce défaut connu, la voix qui revient une fraction de seconde en retard, et certains conducteurs coupaient le micro plutôt que de s'entendre répéter. Le contrôle terrique, lui, n'a jamais eu de défaut qu'on m'ait signalé. Il fonctionnait, on le faisait, on passait à autre chose.
Ce qu'on ne dit pas dans la formation de mars, c'est que la ligne de remplacement de Sedrata n'existe plus depuis le rétablissement de la voie ferrée en 2016. La règle d'appariement des services, celle qui faisait suivre au bus de remplacement l'horaire de la commune jumelée plutôt que celui de la gare qu'il remplaçait, s'appliquait à cette ligne précise. Il n'y a plus de gare à remplacer, plus de règle à appliquer, et pourtant le relevé terrique continue d'être rempli chaque matin sur un carnet à souche, transmis chaque fin de mois à la comptabilité régionale, qui facture toujours le poste "entretien électrique préventif" à la société qui gérait les cars. Personne à la direction n'a proposé de l'arrêter. On me dit que ce serait "prématuré", que la ligne pourrait rouvrir.
Je ne demande pas qu'on supprime le contrôle. Je demande qu'on continue à l'enseigner correctement, avec le geste, la pince, la zone verte, et pas seulement le badgeage et la fiche de carburant. Un collègue de la direction m'a répondu, lors de la réunion du 9 avril : "on n'a plus de matériel pédagogique pour ça, l'ancien formateur est parti." Je suis cet ancien formateur, et je n'étais pas parti, j'étais simplement absent de la liste de diffusion des convocations.
Sur les quatre relayeurs actuellement en poste, un seul sait faire le contrôle sans qu'on le lui montre. Les trois autres cochent la case du carnet sans poser la pince, ce qui revient à consigner une mesure qu'on n'a pas prise. Le carnet, lui, ne dit rien de cela : la case cochée vaut ce que valait la case cochée par mes prédécesseurs, et personne à la comptabilité ne fait la différence entre les deux.
Je continuerai d'écrire à qui voudra bien lire, tant que le poste de formateur figure encore à l'organigramme sous mon nom.