| Type | Lettre |
|---|---|
| Date | 9 novembre 1998 |
| Statut | Non répondue |
Lettre à propos du chariot de déménagement
Rue Kernévez, le 9 novembre 1998
Cher Marcel,
Le camion de déménagement est arrivé jeudi à sept heures, deux heures avant ce qui était convenu avec l'entreprise, et j'ai dû faire attendre les hommes sur le trottoir pendant que je cherchais les clés du local à vélos. C'est en cherchant ces clés que je suis retombé sur le carnet où Solange notait les heures que je te devais pour le chariot, et je me suis dit qu'il fallait enfin t'écrire à ce sujet, plutôt que de laisser ça filer avec le reste des affaires.
Tu te souviens sans doute mieux que moi du détail de l'arrangement. Le chariot avait servi trois fois chez moi, une fois pour le réfrigérateur, une fois pour les cartons de la cave, et une troisième dont je ne retrouve plus la raison. En échange, j'avais promis deux samedis de garde devant chez toi pendant les travaux de la façade, ce que j'ai tenu, et une soirée à surveiller ton chien pendant le mariage de ta fille, ce que j'ai tenu aussi, mais mal, puisque l'animal a fini par aboyer toute la nuit et que ton voisin du dessous m'en a fait le reproche pendant des mois. Il y avait aussi une histoire de bouteilles de vin, que je crois avoir réglée, mais je ne mettrais pas ma main au feu.
Je ne sais plus si nous étions quittes avant que tu déménages toi-même à Quimper. Le carnet de Solange s'arrête sur une ligne qui dit simplement "reste : à voir", sans montant ni date, ce qui ne m'avance pas beaucoup. J'ai fini par prêter le chariot moi-même, l'année suivante, à un certain lieutenant en retraite qui logeait rue des Frères Le Berre, et je n'ai jamais su ce qu'il en avait fait ni si le prêt s'inscrivait dans le même compte ou dans un nouveau. Il y a eu, entre lui et moi, un léger désaccord sur la date de restitution, sans conséquence.
Je t'écris de la nouvelle adresse, à Landerneau. Si tu as gardé trace de notre arrangement de ton côté, dis-le-moi, je préfère que ça soit soldé avant qu'on ne s'en souvienne plus du tout ni l'un ni l'autre.
Bien à toi,
Yannick