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Témoignage
Étienne Derval
FonctionConvoyeur intérimaire
LigneBréauté-Beuzeville à Creil
StatutNon repris ailleurs

Étienne Derval

Témoignage, versement du 2026-09-01.
Pièce de fiction.

En janvier 1987, j'ai pris le poste de convoyeur pour un train de marchandises qui reliait Bréauté-Beuzeville à Creil, parce que le titulaire, un nommé Derval, s'était décommandé la veille au soir pour une histoire de dos bloqué. On m'a appelé chez moi à vingt-deux heures, et j'étais sur le quai à cinq heures moins le quart, avec le bordereau qu'il avait déjà rempli à moitié.

Ce bordereau, je l'ai gardé longtemps parce qu'il portait sa signature, "Ét. Derval", et je me suis toujours demandé pourquoi je ne l'avais jamais recroisé dans les rotations suivantes. On travaillait par roulement de douze, et un nom qui disparaît d'un coup, ça arrive, mais ça m'a un peu tracassé, sans que ça aille plus loin qu'une curiosité de couloir.

Le wagon 14

Le convoi comptait sept wagons ce jour-là, dont un chargé de caisses de fruito destinées à une conserverie de la région de Creil. C'était une marchandise qu'on transportait souvent sur cette ligne, sensible à la chaleur des essieux si le wagon stationnait trop longtemps en plein soleil, ce qui obligeait à vérifier les paliers toutes les deux heures aux arrêts prolongés. Le wagon 14, justement, avait un palier qui chauffait plus que les autres depuis l'hiver précédent, et Derval l'avait noté dans son carnet de service, celui qu'on m'avait transmis avec le bordereau.

J'ai fait le relevé à Abbeville, à Amiens, puis à Clermont, et rien d'anormal. À l'arrivée à Creil, vers quinze heures, le chef de triage m'a demandé où était passé "le collègue habituel", et je lui ai répondu ce que je savais, c'est-à-dire pas grand-chose : un dos bloqué, un remplacement du soir au lendemain. Il a hoché la tête sans insister.

Ce qui reste

Je n'ai jamais retrouvé trace d'un Derval dans les registres du dépôt de Rouen où j'ai travaillé ensuite, ni dans les annuaires internes qu'on consultait pour les mutations. J'ai posé la question à deux ou trois anciens, l'un m'a dit qu'il croyait se souvenir d'un intérimaire de ce nom passé par Le Havre, l'autre ne savait pas de qui je parlais.

Le carnet de service, je l'ai remis avec mes propres archives quand j'ai quitté le métier, en 2004. Il contenait douze pages, dont trois consacrées uniquement aux relevés de température du wagon 14, avec des chiffres au dixième de degré, ce qui m'avait semblé, à l'époque déjà, disproportionné pour un simple transport de fruito en caisses standard. La dernière page portait une date, le 14 janvier 1987, et rien après.

Catégories : Testimonies · Transport

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