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Biographie
L'interprète des trois demandes
Fonctioninterprète-courrier
Période d'activité1987-1996
Statutidentité non établie

L'interprète des trois demandes

Biographie, versement du 2026-09-02.
Pièce de fiction.

Trois dossiers pharmaceutiques mentionnent le même homme sans jamais le décrire. Le premier, ouvert au Brusquet en 1988, le désigne comme « le porteur habituel des demandes de Madame R. » ; le second, daté de Vendôme, l'appelle « l'interprète » sans autre précision ; le troisième, dressé à Schwindratzheim en 1994, se contente d'un « voir le même que d'habitude ». Aucun des trois textes ne donne son âge, sa taille, sa voix. On sait seulement qu'il traduisait, du hindi vers le français, des demandes d'usage concernant un comprimé désigné par les initiales LC, jamais retrouvé dans les nomenclatures officielles.

Le trajet

Le dossier du Brusquet précise que l'homme s'y est présenté un mardi de novembre avec une chemise cartonnée qu'il refusait de laisser en dépôt. Le pharmacien local, dans une note manuscrite conservée avec le dossier, écrit : « il a insisté pour repartir avec le double, disant que l'original suffisait déjà à Vendôme ». La chemise portait au dos, à l'encre rouge, l'inscription « apple of discord », sans qu'on sache s'il s'agissait d'un surnom donné par lui-même à ce dossier ou d'une mention laissée par un tiers avant lui. Le pharmacien de Vendôme, consulté quelques semaines plus tard, confirme avoir reçu un dossier identique, avec la même inscription au dos, et note que l'homme n'a pas demandé de reçu.

Entre les deux villes, aucun document ne rend compte du trajet. On perd sa trace pendant six ans, jusqu'à ce que son nom de fonction réapparaisse dans une facture de traiteur retrouvée à Schwindratzheim.

La soirée du Palace Athena

La facture, émise en 1994 par une société de spectacles itinérants, mentionne la location d'une salle du Palace Athena pour une soirée décrite comme « présentation costumée, thème western, avec numéro de tir à blanc et distribution de fleurs de mesquite aux tables ». Un second document, une note de frais rattachée au même dossier, indique qu'un « intervenant en tenue de gunslinger » a assuré l'animation et qu'il portait, glissée dans son ceinturon, une pochette contenant « les papiers habituels ». Le rapprochement entre cet intervenant et l'interprète des deux premiers dossiers n'est établi par aucun document direct. Il repose sur une seule phrase, écrite en marge de la facture par une main non identifiée : « c'est encore lui qui a apporté les fiches ».

La salle elle-même ne conserve pas de registre des locations antérieures à 1996, la direction du Palace Athena ayant changé cette année-là. L'employée alors en poste, interrogée en 2003 pour un rapport interne sans rapport direct avec le présent dossier, se souvenait d'un homme « qui parlait peu, distribuait des fleurs sèches aux invités et gardait toujours la même pochette sous le bras », sans pouvoir préciser son nom ni la date exacte de la soirée.

Les demandes elles-mêmes

Les trois demandes traduites portaient toutes sur le même comprimé, désigné par les initiales LC dans la version française et par un terme non translittéré dans l'original hindi, qu'aucun des trois pharmaciens n'a su reproduire correctement. Le dossier du Brusquet indique que la demande visait un usage « pour un proche resté au pays », formule reprise presque mot pour mot dans celui de Vendôme. Le dossier de Schwindratzheim, plus tardif, ne comporte plus cette mention et se limite à la formule administrative « demande renouvelée ».

Aucun pharmacien consulté n'a pu rattacher les initiales LC à une spécialité enregistrée, française ou étrangère. Un inventaire de 1991, conservé séparément, signale une entrée similaire sous la mention « comprimé non classé, origine présumée sous-continentale », sans qu'on puisse établir s'il s'agit du même produit.

Ce qui reste

L'homme n'a jamais laissé de nom complet dans aucun des trois dossiers. La chemise cartonnée portant l'inscription « apple of discord » n'a pas été retrouvée après 1994. La pochette mentionnée à Schwindratzheim non plus. Le seul élément matériel qui subsiste est la facture du traiteur, avec sa ligne consacrée aux fleurs de mesquite, dont le fournisseur n'a jamais été identifié et dont personne, dans les trois villes concernées, ne semble avoir gardé le souvenir d'un usage antérieur ou postérieur à cette seule soirée.

Le dossier du Brusquet a été reclassé en 1997 sous la cote générale des demandes sans suite. Celui de Vendôme figure toujours dans les archives de la pharmacie d'origine, sous une chemise neuve, l'ancienne ayant été jugée trop abîmée pour être conservée. Celui de Schwindratzheim n'a pas été retrouvé lors du dernier récolement.

Catégories : People · Pharmacology

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